BRISER LE CERCLE Ière partie & 2eme partie

CHRISTOPH FRINGELI

texte original
 
I

On tourne en rond - après tout juste une décennie. Comme si c'était supposé finir ainsi - la seconde partie de la décade émerge et le nouveau style décolle lentement, pour culminer à un moment donné, décliner à la fin de la décennie, puis être commercialisé, pendant que dans le même temps se forment de nouvelles poches de création souterraine. Autour de 1995 le conservatisme commence à se développer à une large échelle de petits groupes de guérilla se préparent dans leurs laboratoires souterrains à une insurrection prochaine. La domination de la House et le retour de l'Electro sont le signe non pas d'un conservatisme à l'oeuvre mais plutôt d'une certaine nostalgie de la période pré-trance. Il ne semble pas possible de retourner à cet état de négation agressive du contenu.
 

Ce sont les années 90, et, soyons francs, tout est trouble. Tandis que la house est sincèrement hédoniste et provient originellement des ghettos noirs & gays des grandes villes américaines, sa stagnation actuelle résulte probablement de sa récupération par des producteurs blancs et hétéros sans imagination. Le seul intérêt en ce domaine pourrait venir d'une dépassement des figures convenues du genre, parce que ce genre est aujourd'hui bon pour les momies. Je sais que vous vous attendez à ce que j'oppose la house et le Hardcore, mais je ne le ferais pas. Le Hardcore n'est pas un style. Le style le plus futuriste en 1995 c'est la jungle. Le Hardcore viendra plus tard, et j'en parlerai ensuite. 

Comme dans tout style constitué, il y a beaucoup de jungle banale, insignifiante et stéréotypée, mais le point important dans cette musique vient de ce que la technologie est pleinement utilisée, poussée à ses limites, ce qui n'est pas le cas dans la house, l'acid ou la trance ou même dans le Hardcore Gabber. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas de bons morceaux ici ou là, mais en délaissant nombres de possibilités, ces genres s'auto-limitent et par conséquent vieillissent rapidement. Tandis que l'Acid se concentre sur la combinaison de boites à rythmes et synthétiseurs analogiques (technologies datant de la fin des années 70 et du début des années 80), la jungle utilise des sources de plus en plus variées et est centrée autour des technologies d'échantillonnages les plus récentes. Cet esprit d'exploration conduit à de nouvelles découvertes excitantes. Ici encore on trouve un son à la fois populaire et très expérimental, utilisant la technologie de manière nouvelle, pour un son lourd, sombre, bruiteux et dansant. 

Toute discussion à ce propos est sujette à débat, mais nous ne devons pas nous en inquiéter. La musique dont nous parlons est multidimensionnelle ; l''expérience de la musique ne peut être objective. Il y a de nombreux points de vue et nous refusons de nous en limiter à un seul. Quelques articles d'Alien Underground traitent de sujets selon différents points de vue. Sous les angles historiques, esthétiques et psycho-sociologiques. La théorie comporte des dangers mais le jeu en vaut la chandelle - et surtout nous ne devons pas laisser la réflexion au seul soin de personnes qui ignorent les tenants et les aboutissants, tels les journalistes ou les universitaires. 

Allons au delà de ce qu'offrent les styles et les genres. Prenons au sérieux l'idée d'ête ouvert d'esprit. Il y a des millions de sons dans l'univers, pas seulement ceux des 303 et des 909. Ce purisme est réactionnaire. Trop de gens recherchent une petite famille, une petite prière à laquelle ils pourraient se tenir, un petit système pathétique qui par nature exclura la richesse, la passion et l'expérience de la vie et la créativité. Même si la musique de la rave culture dans son sens le plus large est variée et complexe, riche et créative, la réflexion profonde a été négligée au profit de slogans réducteurs tels que žpaix - amour - unitéÓ. La forme aimable du fascisme (rien de nouveau depuis žEin Volk - Ein Reich - Ein Führer). D'autre part la soi-disant žintelligent technoÓ sert seulement de prétexte pour l'élitisme de jeunes blancs. Pour des raisons que je ne pourrais jamais comprendre, la belle musique est toujours qualifiée de žsombreÓ.

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